Le 8 novembre dernier, les cadres dirigeants et chefs d’entreprise de l’Advanced Management Programme (AMP) de l’EDHEC se sont rendus au cœur du quartier européen de Bruxelles, pour une journée de séminaire dédié aux arcanes de la politique communautaire et au management d’Influence. L’occasion pour eux de développer une vision toujours plus globale de la stratégie d’entreprise.

Complexe, technocratique… L’Union Européenne intimide, rebute parfois. Pourtant, parce que les décisions prises à cet échelon impactent directement l’activité de toutes les entreprises, comprendre le fonctionnement de l’UE et suivre son agenda politique se révèle indispensable à tout dirigeant ou entrepreneur, pour piloter efficacement son entreprise et anticiper les défis futurs.

Pour Pierre d’Huy, Directeur des programmes internationaux de l’EDHEC Executive Education, le fonctionnement de l’UE reste un "blind spot" pour de nombreux dirigeants : "Beaucoup subissent les décisions prises au niveau européen comme un couperet. Or, il est possible de les anticiper : le processus législatif est long et, s’il est complexe, il n’en est pas moins relativement transparent." Long, c’est peu de le dire quand on sait que la "procédure législative ordinaire" permettant l’adoption de textes de loi européens dure rarement moins de dix-huit mois.

Ce processus implique la Commission, à l’initiative des textes, le Parlement, équivalent d’une chambre basse, qui débat, amende et vote les textes, et le Conseil de l’Union européenne, sorte de "Sénat européen", qui représente les gouvernements des états membres et doit également approuver les textes pour qu’ils deviennent des actes de lois. Ces actes sont des règlements (lois à effet direct), des directives (à adapter dans le droit national) ou des décisions (à effet direct mais visant une personne ou entité spécifique).  

Bien connaître les institutions et le système politique de l’UE et suivre son actualité est avantage certain pour piloter une entreprise. Cela permet notamment de découvrir un système basé sur le principe de compromis entre les intérêts de chacun : d’où l’importance du lobbying, également appelé "représentation d’intérêts".

"Le lobbying joue un rôle essentiel dans le processus législatif, pour la simple et bonne raison qu’aucun député n’a la science infuse sur tous les sujets techniques sur lesquels nous sommes amenés à nous prononcer" 
Pervenche Bérès, députée européenne de la circonscription Ile-de-France.

Démystifier le lobbying : comprendre les stratégies d’influence

Dans un univers aussi complexe, il existe mille et une manières de voir ses intérêts représentés à Bruxelles et de déployer une stratégie d’influence, selon les tailles et les types d’entreprises. Certaines font appel à des cabinets spécialisés dans le lobbying. Des structures dont l’activité est très réglementée et codifiée, notamment sur le plan de la transparence, à mille lieues de l’image un peu obscure parfois associée au lobbying.

D’autres structures, notamment les plus petites, se regroupent en associations professionnelles d’échelon national ou européen, pour concentrer leur pouvoir d’influence. Lobbyiste chevronnée, Valérie Plainemaison représente ainsi les intérêts de trois organisations professionnelles du secteur des déchets et de l’environnement, au nom desquelles elle propose par exemple aux parlementaires des amendements sur des sujets liés aux normes techniques et industrielles.

"En France, nous avons longtemps pensé être à la traine en matière de lobbying mais ce n’est plus vrai. Le métier a évolué. Nous avons moins de moyens que les Allemands ou les Britanniques, mais nous avons des représentations d’intérêt actives et de bonne qualité."
Valérie Plainemaison, représentante de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement.

Pour Pierre d’Huy, il est surtout important pour les dirigeants de se décomplexer vis-à-vis de l’idée d’avoir une représentation collective de leurs intérêts : "Il y a une citation que j’aime bien pour parler de ce sujet, et qui est particulièrement valable quand il s’agit d’Europe : si vous n’êtes pas autour de la table, vous êtes probablement au menu !" Alors, tous à Bruxelles ?